Gérald Neveu (1921~1960)

6 mars, 2016

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Je suis né d’un aloès

.

Pulpe rose et bois de livraison

je parle de ces palais de sang figé

de ces fleurs mâles

où songent les kriss malais

.

Aux viandes précises

il faut livrer le vent

et sa petite chemise brodée

.

Dans la nuit de la nuit

faire pousser une autre nuit

à grands coups de tête.

.

{Fournaise obscure • 1967 © P.J. Oswald}

Roger-Arnould Rivière (1930~1959)

3 mars, 2016

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Poème de la cassure

 

Je sais la cassure du petit matin, l’aplomb brutal de midi, la sournoise inversion du soir

Je sais le vertigineux à-pic de la nuit et l’accablante horizontalité du jour

Je sais les hauts et les bas, les hauts d’où l’on retombe à coup sûr, les bas dont on ne se relève pas

Je sais que le chemin de la douleur n’a de stations qu’en nombre limité

Je sais le souffle haché, le souffle coupé, l’haleine fétide, les effluves d’air cru et les émanations du gaz de ville 

Je sais les étreintes vides, la semence crachée par dépit sur la porcelaine

Je sais la face du mot qui vous sera renvoyée comme une gifle

Je sais que l’amitié et l’amour n’ont pas d’aubier

Je sais que les amarres rompues, le cou brisé, la semelle usée ont pour commun dénominateur la corde

Je sais que la détonation contient le même volume sonore que les battements de cœur qui bâtissent toute une vie

J’ai vécu pour savoir et je n’ai pas su vivre.

(Septembre 1959)

{Roger Arnould-Rivière / 1930~1959}

OSCAR WILDE

1 décembre, 2015

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Germain Nouveau (1851~1920)

1 décembre, 2015

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Lettre de Charles Baudelaire à Narcisse Ancelle

3 mai, 2015

http://www.deslettres.fr/lettre-baudelaire-narcisse-ancelle-tue-parce-puis-vivre/

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Jacques Prevel (1915~1951)

7 février, 2015

 

 

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Même avec les dents serrées

 

Même avec les dents serrées

Même avec nos visages comme l’amour

Avec nos visages éclairés par le désir

Avec nos visages qui viennent tout à coup de se lever

ensemble

Proches et semblables délivrés pour un moment

unique

Ton visage avec des yeux trop grands des cheveux

d’or sur des épaules étroites

Mon visage durci par la famine des jours

Même avec nos visages je n’ai pas su renaître

 

 (« Poèmes pour toute mémoire » (c))

__________

 Ce qui retentira

 

Ce qui retentira

Ce qui restera de notre amour désarmé

Je voudrais l’imaginer et que ma vie s’éclaire

Sur l’absolu désarmé

J’écris comme un homme qui n’a pas rêvé

J’écris comme un homme dont le rêve peut-être

Fut aussi réel que ton visage

Tu es née dans une ville aussi vaste et noire que mon être

Petite fille dont la fragilité me confond

Et tu as vécu ton enfance au bord de la mer des brouillards

Un vertigineux soleil

Fut que mes pas dans tes pas j’ai remonté ta vie frémissante

Pour te la rendre frémissante

 

(« De colère et de haine » (c))

 

Je pense (Alain Borne /1915~1962)

3 janvier, 2015

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 à Paul Vincensini

 Je pense que tout est fini

 Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile

 Je pense que cela est amer et dur

 Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir

 Je pense que l’obscur est difficile à supporter après

 la lumière

 Je pense que l’obscur n’a pas de fin

 Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus

 que mourir

 Je pense que le désespoir est une éponge amère

 qui s’empare de tout le sang quand le cœur est détruit

 Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est

 immense

 et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages

 Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

 Je pense qu’il n’y a pas de remède

 Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume

 et laisser les démons et les larves continuer le récit

 et maculer la page

 Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau

 finit par étourdir

 et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau

 par de la boue

 Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur

 est de devenir enfin aveugle sourd et insensible

 Je pense que tout est fini.

 

(L’amour brûle le circuit, Club du Poème, 1962)

 

Jean-Loup Fontaine (1947~1993)

3 janvier, 2015

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Le jour ne paraît pas encore, mes yeux ne peuvent pas se lever. Au dehors, dans les carrefours, des noms se mêlent les uns aux autres, c’est comme si un tintement avait éclaté dans mes oreilles.

 A la hauteur de mon chevet les passants portent leur tête dans leur main gauche. Ils ne m’inquiètent pas, ils laisseront une trace de crayon, de charbon. Ils laisseront une mère, une femme, un enfant, ils mourront, et l’araignée qui se traîne dans leurs reins comme un frisson mourra aussi.

 Chacun mourra sous un nom parce que c’est plus commode – un homme sous chaque nom, pour que la vie ait un sens.

 Chacun doit passer à son tour car la porte de la ménagerie ne s’ouvre pas de l’intérieur. Il faut pourtant que cette affaire finisse : les ciseaux crayonnés en blanc dans les arbres, et les nuages comme des morceaux de papier souillés.

 Mais que faire de la nuit ?

 (in L’épreuve de la Pierre, © Cheyne éditeur, 1994)

 

Gilberte H. Dallas (1918~1960)

3 janvier, 2015

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Les ancolies d’ébène guettent la mourante

dévorée par la pluie

Les rues la serrent

l’enlacent

Elle marche dans la jungle de béton

Elle tend son corps comme une phrase délavée.

Elle titube celle qui aurait pu être ma mère

Elle titube la mère qui n’a pas de ventre,

En sa place mes yeux agrandis,

Deux yeux immenses deux glands desséchés

Greffe de la mort

Pauvre mère stérile berce dans ta chair

Mes yeux d’enfant perdu

Mes yeux comme une herbe qui mâche l’épouvante

Mes yeux d’extra lucide

Pauvre loque de sel !

Mes yeux de boue et de lumière

Et toi tu marches, tu marches dévorée de pluie,

et me cherches,

Moi qui suis là, incrustée en toi.

 

(in Alphabet de Soleils, © Pierre Seghers, 1952)

 

 

Reposez-vous (Jean-Pierre Duprey / 1930~1959)

2 janvier, 2015

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Reposez-vous, mangeurs de choses,

Ou prenez-moi par une main qui dévore.

Au fond du jeu qui me suppose,

Se font, se défont les tissus du corps.

 

Reposez-moi, mangeurs de choses,

Entre les doigts défaits de la main bleue

Qui file, autour de la nuit qui m’expose,

Ses ongles, larmes séchées d’anges creux.

 

J’ai mémoire encore de poutrelles,

Au-dessus du lac qui saborde

Ses propres surfaces sous ses ailes;

Et puis les gestes prêtés à l’ordre

 

Et les gestes d’intervention

D’une muraille plantée de coudes

Qui ne jure l’absolution

Que pour cette partie de chair lourde

 

Pressée ailleurs ;

Alors qu’ailleurs encore

Ailleurs encore

Toutes mes parties de peur

Parties de peur

Tournent autour de la charrette des couleurs.

 

( La Fin et la Manière )

 

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