Maudits, Décadents et autres Dandys littéraires…

23 août, 2011

 banniere.gif 

151070_114125438654724_5670075_n

Blogs parents :

* Volti Subito

* Paraphes

* Peigneurs de comètes

  

Roger Milliot (1927~1968)

28 août, 2018

111202520_o

Pour une mort choisie

Il faut laisser cela …
A la porte de l’âme
Il faut entrer léger
Sur la pointe des pieds
Dans la mort transparente
Comme une eau de cascade
Qui lave les plaies du chemin
Poser sous le portique
Le bâton des rancunes
Vider les poches des cailloux
Retourner les poussières des coutures
Se rappeler dans l’air
Le parfum de bonté
De quelques âmes rencontrées
Gardant le plus léger
Le plus frais de l’amour
Pour une claire mort
Après la vie sans but

Juin 1967

(Qui ? / Edition complète et définitive, Mostra del Larzac, 1969.)

Jean Sénac (1926~1973)

28 août, 2018

téléchargement (65)

Simplement un instant

Simplement un instant pouvoir poser ma tête…
Sur ton cœur et penser que tout n’est pas si vain,
Et me réconciliant avec des joies honnêtes,
Oublier que l’amour trompe plus que le vin .

Approcher lentement mon désir de tes lèvres,
Les effleurer, garder ton haleine sur moi,
Agrandir ta pupille au-delà de la fièvre
Et que ton œil si grand soudain paraisse étroit.

Tu fuis, ta gentillesse est nerveuse et complice
De mon geste qui donne à ta peau son éclat.
Tous les ruisseaux du Sud ont couru sur tes cuisses
Et l’ongle de la mer a lacéré tes bras.

Poulain des sables francs, tu mords et tu rutiles,
Tu gambades, naïf aux rires de copeaux,
Ton corps est ce long golfe où la raison s’exile,
O toi qui ris lorsque je dis que tu es beau !

L’aube va se lever avec ses coups de pioche,
Chacun de son côté s’enchaîne à son travail,
Mais moi je porterai ton regard d’eau de roche,
Et toi, garderas-tu ma main sous ton chandail ?

Jean-Philippe Salabreuil (1940~1970)

28 août, 2018

jps

Chiffonneries

Ces poèmes-là …
J’en ferai des serpillières
Pour éponger voyez-vous ça
Le lait renversé des neiges

La poésie ne sert à rien
Je ne tricote pas le monde
Je rechiffonne le terrain
J’essuie la lune entre les tombes

Eh bien à force de fourbir
Quelque chose reflamboie
Je ne sais quoi de clair sur la lyre
Je ne sais quoi d’aurore sur les croix

Oh pas fort pas dru pas libre
A peine encore un frais printemps
Mais ça va venir ça va venir
On entend chuinter le balai de l’ange

Ôte-toi laisse-moi rêver
Disait le vieux
Théophile
Je sens un feu se soulever
Ensuite disait-il

Jean-Pierre Duprey (1930~1959)

9 février, 2018

Jean-Pierre20Duprey

 

Que cherchent les regards

___

Que cherchent les regards du ciel au fond du lac…  

Où dorment des momies ?  

Légères se balançant sur le sable bleu  

Leurs membres sont des sacs

 

Je ne suis pas de celles-ci car mes bras qui sont lourds  

Ne se détachent point  

Mais mes yeux vont au loin et j’ai peur qu’un jour  

Ils perdent leur chemin

 

Il a moins de soucis le vagabond qui part  

Souhaitant mourir demain  

Quant à moi mon sentier n’est pas pareil au sien  

Je veux finir plus tard

 

Mais le fil qui casse laisse en guise de passé  

Des cercueils de bois  

Et la mort n’oublie pas qu’elle a pour nous faucher  

Une mer de bras

 

Un jour je dormirai du sommeil dont j’ai peur  

Pour ne plus m’éveiller  

Je descendrai au fond de ces temps oubliés  

Où les sirènes pleurent.

 

Et les très longs voyages repliés dans ma tête  

Seront chiffons de rêve  

L’archange qui nous garde et sans nous ne s’élève  

Sera l’ange de la fête

 

Puisse durer longtemps le phare du vaisseau  

Qui nous porte sur terre  

L’abri que se construisent les marins sous les flots  

Me semble bien précaire

 

Allégés de leur poids ils sont bulles de verre  

Portés par les anges  

Un rêve qui les cogne claque comme une orange  

Entre deux bras de mer.

  (Un bruit de baiser ferme le monde, septembre 1946.)

 

 

Paul Vincensini (1930~1985)

24 août, 2017

 

Mauvais voisin ___

 

L’amour ne viendra plus  

Coller son nez sur mes carreaux  

Ni enfoncer ma porte

 

Plus rien n’est vrai

Que la grimace atroce du zéro

Et ma maison était un mensonge

Je dors debout comme un cerceau  

Au milieu de la pluie et des arbres

Francis Giauque (1934~1965)

23 décembre, 2016

B05.tif

angoisse compagne fidèle

te voici revenue

d’ailleurs tu ne m’as jamais quitté…

quelques jours de trêve pour me redonner courage

le temps d’un espoir insensé

d’un oubli dérisoire

puis la chute verticale

l’égarement le cœur qui s’appesantit comme une horloge de plomb

te voici revenue

plus lancinante plus despotique que jamais

angoisse scellée par le néant

chacal toujours affamé

abattu sur le cadavre de mes jours.

(Prêles, 24 juin matin 6h 1/2)

Paul Vincensini (1930~1985)

12 décembre, 2016

a99825740

Quand elle viendra

 

Mais nous serons alors devenus

Si étrangers

Si peu curieux l’un de l’autre

Lequel des deux

Dira à l’autre

Enfin te voilà

Tu as bien changé

Tu n’es pas malade?

Elle posera sa faux

Sur mes genoux

Comme pour s’excuser

*********

Moi j’ai toujours peur du vent

 

Me voici

Mes poches

Bourrées de cailloux

Pour rester avec vous

Ne pas m’envoler dans les arbres

Olivier Larronde (1927~1965)

12 novembre, 2016

 

france11-005

 

Rose et mon Droit

 

Vos froideurs froissées, héritière…

Des rosées, volent une à une.

Aussi le nid du noir sans lune :

Mes toutes-puissantes paupières

Horizon libéral assiège

Moi : ce trou noir debout, colonne

Où l’ombre pensive empoisonne

Un coeur sans main, sans bras d’acier.

Archet-né sonnons plein silence !

 

Je crache au baiser d’air du temps

Il bruit -flèche-moi – sans parler.

Fais le jeu d’un biceps géant

Ma droiture !

Pour Qui te lance

Sans yeux dehors

Ni au-dedans.

Loïc Herry (1958~1995)

16 septembre, 2016

herry1983%20Loïc%2025%20ans

Mercure plat. Jusqu’à toucher l’horizon.

Ciel gris limpide. Pas une mouche
Sur le fil.

Partir. Au bout. Là-bas, où il n’y a rien.
Cornouaille. Cork. L’Amérique.

Tout à coup – profondeur vert bouteille.
Mangée de bave. Soulèvements sans fin.
Rage thoracique, dégurgitation grondante.

Blanche frangée de moutons,
Éventails sur les digues,
Passes ouvertes et menaçantes.

Un caboteur y va, là-bas.
Où il n’y a rien, qu’un espoir de nom
Fiché au fond. Cornouaille. Cork. Et
L’Amérique.

{Ouest, Ecrits des Forges}

Gilles Pajot (1950~1992)

9 septembre, 2016

a41jxZD0HqUL__SX195_

___

Il s’approche. Regarde le bouquin que je lis. Trop de blanc entoure le poème. Nécessité ? Incertitude ? Lacune ? Caprice ? Bluff ?
Il aime ce qui est écrit comme on doit écrire, avec sérieux, de gauche à droite, en utilisant toute la page et des lignes d’égales longueurs ou de vrais vers rimants et trébuchants.
Au soupçon d’une supercherie se mêle l’horreur du gaspillage. Il ne lira jamais ça.

_____

 Écrire, avant de devenir tout sec et inexpressif. Écrire, écrire, s’obstiner. La mort peut se pointer demain, dans dix ans, dans soixante. De toute manière, elle n’est jamais bien loin !

_____

 Il y a un peu de moi au cimetière de Saint-Sébastien-sur-Loire, dans ce qui reste de mon petit frère que j’ai connu mort et beau, à peine né, blanc comme cette nuit de deux jours qui précéda son départ définitif. 

12345...12